La fièvre de l’encens
mai 21st, 2010 Posted in encens au yemen, encens et botanique, encens et spiritualité, encens pratique | No Comments »Un reportage de Sébastien Legay et Olivier Le Hellard
L’encens revient à la mode, porté par les parfumeurs, le besoin de spiritualité et l’attrait pour les médecines traditionnelles d’Asie. Une équipe d’Envoyé Spécial a suivi un importateur français en Inde pour voir comment sont fabriqués les bâtonnets que nous brûlons. Il y a l’encens naturel, cette pâte que pétrissent les femmes de Bangalore avant de l’enrouler autour d’une tige de bambou. Elle est composée de fleurs, d’épices et d’huile essentielle de santal.
Mais il y a aussi l’encens industriel, que les fabricants n’aiment pas montrer car il s’agit de charbon trempé dans du parfum synthétique. Cet encens-là peut être dangereux pour la santé s’il est utilisé fréquemment et à haute dose. Dans l’est de l’Inde, à la frontière du Tibet, nous avons découvert le plus cher et le plus étrange de tous les encens : le bois d’agar. Cette fois, ce sont des morceaux de bois entier que l’on brûle. Curiosité de la nature : ce bois ne peut délivrer une bonne odeur que s’il est malade. Mais l’encens des puristes reste celui des rois mages : la résine d’oliban, un arbre qui pousse dans les étendues désertiques de la péninsule arabique et de la corne d’Afrique. Dans le sultanat d’Oman, une Américaine, Trygve Harris continue d’en distiller la résine. Cette même résine que l’on brûle encore dans les encensoirs des églises, comme ceux de Notre-Dame de Paris.





Pour beaucoup de femmes de cette région, la fabrication et la vente de l’encens sont devenues les principales activités génératrices de revenus qui font vivre plus d’une famille. Cette renommée de l’encens de la région de Diffa a même franchi les frontières nationales et il n’est pas rare d’entendre des femmes de la sous-région commander de l’encens au Niger, en spécifiant bien celui de Diffa. L’utilisation de l’encens dans les foyers relève ici d’un trait culturel. Aussi, indique une Dame Kanouri, pour montrer à quel point l’encensement est ancré dans leurs mœurs, ”chez nous, en guise de bon accueil, on présente l’encensoir à une visiteuse (pour qu’elle se parfume), comme dans certaines traditions on lui présente la “tasse de foura” ou d’eau fraîche. C’est un symbole de cordialité et de bon accueil”.
L’odeur de l’encens m’a toujours un peu dérangée, trop forte à mon goût mais aussi souvent pas très naturelle. Aussi, depuis que j’habite en Provence, j’ai découvert l’usage du bois de cade. Cet arbuste typiquement Méditerranéen pousse en abondance ici, normal puisqu’il raffole des sols rocailleux. Faire brûler du bois de cade dans sa cheminée est chose courante en Provence et fait partie des coutumes de la saison hivernale. L’odeur que le bois dégage est suave et poivrée et n’est pas sans rappeler celle du bois de cèdre. J’ai ainsi découvert un moyen naturel de parfumer mon intérieur. Je rapporte de mes randonnées dans la garrigue quelques branches de ce bois dont je retire l’écorce, déjà là l’odeur épicée emplit mes narines ! Puis je pose des petits morceaux dans une coupelle que j’allume ensuite. La réaction est la même que celle de l’encens : la flamme s’éteint progressivement et le bois se consume lentement avec de belles volutes. La fumée absorbe rapidement toutes les odeurs et assainit la maison. Le cade est un répulsif naturel contre les insectes, mais est aussi antiseptique et tonique. Et en plus c’est une manière toute simple de parfumer sans polluer !
